Catégories

Présentation

Recommander

Publicité

Kyoto

Samedi 28 octobre 2006
            Karesansui est un mot japonais composé de trois kanjis (idéogrammes) signifiant sec, montagne et eau. Il désigne les jardins de pierres et de sables présents dans de nombreux temples japonais. Ces jardins secs sont célèbres à travers le monde. Monuments de l’esprit zen ils sont des chefs d’œuvres d’esthétique épurée. Parmi eux celui du Ryoan-ji, le temple du dragon paisible, est sans conteste le plus célèbre…
 

Ryoan-ji karesansui


            Le Ryoan-ji est aujourd’hui un temple de l’école Myoshinji de la branche Rinzaï du Zen. Il se trouve au nord-ouest de Kyoto près du Ninna-ji et du Kinkaku-ji, le pavillon d’or.

            C’est en 983 que fut construit le premier bâtiment à l’endroit où se trouve l’actuel Ryoan-ji par la famille Fujiwara et où vécut un empereur retiré. De cette première période seul subsiste le large étang du jardin inférieur, Kyoyochi « l’étang en forme de mirroir » qui fut créé au 12ème siècle.

            Daiunzan Ryoan-ji fut construit en 1450 par Hosokawa Katsumoto, l’un des plus puissants seigneurs de l’époque, vassal du shogun Ashikaga. Il y vécut au milieu des moines jusqu’à sa mort en 1473. Détruit pendant la guerre d’Onin (1467-77) qui dévasta la majeure partie de Kyoto et un incendie en 1488, le temple fut reconstruit par son fils Masamoto. Le karesansui aurait été construit à cette époque vers 1499.

 

Rocher entouré de mousse du jardin zen du Ryoan-ji


            Le Ryoan-ji se situe dans un quartier tranquille au nord ouest de Kyoto. Il compte de nombreux bâtiments au milieu d’un immense jardin.

            Dès que l’on passe le Sanmon, la porte pricipale, on arrive près de l’étang Kyoyochi. Après avoir traveré le paisible jardin on découvre le bâtiment principal qui abrite le karesansui qui fait la renommée du Ryoan-ji à travers le monde.

            Une fois enlevé ses chaussures on pénètre un lieu emprunt d’une sérénité encore plus palpable que dans le reste de l’ensemble. Après quelques pas on arrive à l’entrée du karesansui. L’impression que l’on ressent alors est très profonde. On se sent envahi par une douce quiétude qui invite à la méditation. Il ne reste qu’à s’asseoir tranquillement et jouir paisiblement du jardin zen du temple du dragon paisible…

 

Le jardin zen du temple du dragon paisible...


            L’histoire du karesansui du Ryoan-ji reste mysérieuse. On ne connaît ni son architecte, ni sa date exacte de réalisation, ni son apparence originelle. La seule chose qu’on puisse en dire avec certitude est qu’il s’agit d’un chef d’œuvre.

            On attribue généralement la conception du jardin à Soami (1480-1525), artiste célèbre pour ses peintures qui contribua aussi au Daisen-in et au Ginkaku-ji. Il se peut aussi que les concepteurs fussent des moines ou des professionnels anonymes ou encore qu’il s’agisse d’une œuvre de groupe. Les archives du temple ne permettent pas d’éclaircir l’origine du jardin et la seule trace indiscutable est celle des noms Kotaro et Hikojiro qui sont ciselés au dos d’une des pierres. Il s’agit probablement du nom de professionnels qui participèrent à la construction. Quand à leur participation dans l’élaboration cela reste un mystère…

 

Un chef d'oeuvre de l'esprit zen


            L’apparence originale du karesansui du Ryoan-ji est aussi inconnue. S’il est évident que ce que l’on admire aujourd’hui différe de la création originale, il est impossible de dire avec certitude dans quelle mesure et en quoi.

            Il est admis que lors de sa conception le jardin « empruntait » des éléments du paysage lointain dans un processus commun de composition des jardins japonais. Ces vues disparurent lentement pour donner naissance à d’autres au cours des siècles à mesure que les cèdres, pins et cerisiers au sud du jardin croissaient.

            En 1789 un terrible incendie détruisit le modeste bâtiment du temple qui fut remplacé par une structure plus imposante transférée d’un autre site. Un autre incendie en 1797 nécessita la reconstruction de la zone au sud du karesansui. Un sentier ouvert fut remplacé par un mur et une nouvelle porte qui restreignirent la vue du jardin à la seule véranda à laquelle on ajouta un toit.

            Le karesansui du Ryoan-ji mesure 30 mètres d’est en ouest et 10 mètres du nord au sud. Au nord il est bordé par la véranda du hojo, la chambre de l’abbé. Fait de bois et de papiers le bâtiment est aussi un chef d’œuvre à art entière. Le contact du plancher de la véranda offre une sensation extrèmement douce. Le jardin fut d’ailleurs créé en concevant la vue à partir de cette véranda où les moines zen méditaient en l’observant.

            Les murs entourant le jardin sont faits d’argile et d’huile bouillie. Blancs à l’origine, ils ont aujourd’hui acquis une douce couleur ocre sur laquelle de fines pellicules d’huile créent des motifs abstraits.

            Le jardin lui-même est composé de quinze rochers de tailles différentes sans formes particulières dont certains sont entourés de mousse, regroupés en cinq groupes de 5, 2, 3, 2 et 3. Ils sont entourés de gravier et de sable blancs qui sont râtissés quotidiennement.

 

Un jardin zen aux significations multiples


            Depuis plusieurs siècles les érudits débattent de la signification du jardin du Ryoan-ji et il existe de nombreuses interprétation de cet austère assemblage de pierres. Ces quinze rochers sont d’ailleurs probablement à l’origine de plus de discussions et écrits que tous les autres karesansui réunis…

            L’une des expressions poétiques les plus célèbres désignant le jardin le décrit comme « une tigresse traversant la mer avec ses petits ». Il est aussi souvent interprété comme représentant un groupe d’îles au milieu d’un océan.

            Si de nombreux karesansui utilisent des pierres aux formes spéciales, celles du Ryoan-ji sont d’une simplicité stupéfiante et c’est évidemment dans la composition et le travail sur le vide et l’espace que s’est porté l’attention du(des) concepteur(s).

 

Une composition sur le vide et l'espace


            Un des mystères du karesansui du Ryoan-ji est le fait que quel que soit l’endroit où vous vous tenez il est impossible de voir l’ensemble des rochers. On ne peut en voir que quatorze à la fois et il est dit que seul celui qui a atteint l’illumination peut voir le dernier rocher invisible...



Ryoan-ji en hiver


            Immobile et pourtant changeant, le jardin du Ryoan-ji offre une vue chaque fois différente et chaque saison le révèle sous un autre jour.

 

Au bout de la véranda...


            Après la véranda on poursuit son chemin en faisant le tour de la chambre de l’abbé. A l’arrière se trouve un jardin où quelques arbres poussent au milieu d’un magnifique partere de mousse. Près du passage se trouve une tsukubai (bassin à eau en pierre, littéralement « endroit où l’on se penche ») où l’on se rinçait les mains et la bouche avant de pénétrer dans le pavillon de thé Zorokuan.


Tsukubai du Ryoan-ji


            Cette tsukubai très célèbre aurait été offerte par un puissant membre de la famille des Tokugawa qui régnat sur le Japon durant deux siècles et demi (1603-1868), Tokugawa Mitsukuni (1628-1700), célèbre pour avoir compilé le Dai Nippon Shi, la grande histoire du Japon en 397 volumes.

            Elle est composé d’un centre carré creux où coùle de l’eau provenant d’un bambou servant à se purifier et de quatre kanjis ciselés entourant ce carré qui représente lui-même un idéogramme. La finesse de cette composition est qu’un kanji peut être soit simple, soit composé de plusieurs kanjis. Dans le cas de cette tsukubai le kanji du centre est associé à chacun des quatre kanjis qui l’entourent. Lus dans le sens des aiguilles d’une montre ils signifient alors une très célèbre maxime zen possédant de multiples niveaux de compréhension, « je n’apprends qu’à être satisfait ».


"Je n'apprends qu'à être satisfait"


            Après la tsukubai se trouve un tsubaki (camélia), puis le pavillon de thé Zorokuan qui comme d’autres bâtiments dans l’enceinte du temple n’est pas accessible au public afin de le préserver.

          

Entrée du Zorokuan


            Le karesansui du Ryoan-ji est un lieu magique. A mesure que le temps passe on se retrouve absorbé hors du temps dans un état contemplatif. La quiétude qui naît de l’observation de ces quelques rochers est un mystère aux origines inconnues mais dont les effets sont palpables. Les sentiments et les émotions que que font naître ces pierres sont doux et paisibles, que l’on s’y attache ou que l’on arrive à les laisser passer comme le veut le Zen…

 

Ryoan-ji...


            En décembre 1994 le Ryoan-ji fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Par Découverte Japon
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Recherche

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus